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Les Temps difficiles.  Charles Dickens
Chapitre 20. Les frères et amis
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« Ô mes amis, travailleurs opprimés de Cokeville ! Ô mes amis et compatriotes, victimes d’un despotisme dont la main de fer vous écrase ! Je vous le dis, l’heure est venue où nous devons nous rallier les uns aux autres pour former une puissante unité et broyer les oppresseurs qui s’engraissent des dépouilles de nos familles, de la sueur de nos fronts, du travail de nos bras, de la moelle de nos os ; qui foulent aux pieds les droits divins de l’humanité à jamais glorieux, et les privilèges sacrés et éternels de la fraternité ! »

« Très-bien ! Écoutez, écoutez ! Hourra ! » et d’autres exclamations proférées par un grand nombre de voix s’élevèrent de tous les coins de la salle, où il faisait une chaleur étouffante et que remplissait une foule compacte, pendant que l’orateur, perché sur une estrade, venait de débiter cette belle tirade avec bien d’autre pathos de son cru. Il s’était fort échauffé à déclamer, et sa voix était aussi enrouée que son visage était rouge. À force de crier de toute la force de ses poumons, sous la clarté éblouissante d’un bec de gaz ; à force de fermer les poings, de froncer les sourcils, de montrer les dents, de frapper la tribune à tour de bras, il s’était tellement épuisé, qu’il fut obligé de s’arrêter pour demander un verre d’eau.

Pendant qu’il se tient debout sur l’estrade, essayant de rafraîchir dans le verre d’eau son visage brûlant, la comparaison qu’on pourrait établir entre l’orateur et la foule des visages attentifs tournés vers lui n’est pas trop à son avantage. À le juger d’après les apparences, il ne dépassait guère la masse de ses auditeurs que de la hauteur de l’estrade sur laquelle il était monté, mais, sous beaucoup d’autres rapports, il était bien au-dessous d’eux. Il n’est pas si loyal, il n’est pas si franc, il n’est pas d’aussi bonne humeur ; il remplace leur simplicité par l’astuce, leur solide et sûr bon sens par la passion. C’est un homme mal bâti, aux épaules ramassées, au regard sombre et menaçant, aux traits presque toujours contractés par une expression haineuse ; il forme, malgré son costume hybride, un contraste déplaisant avec la plupart des assistants, vêtus de leurs habits de travail. S’il est toujours étrange de voir une assemblée quelconque se soumettre humblement à l’ennuyeuse dictature d’un personnage prétentieux, lord ou roturier, qu’aucun pouvoir humain ne pourrait tirer de l’ornière de la sottise pour l’élever à la hauteur intellectuelle des trois quarts de l’assemblée, c’était bien plus étrange encore et même pénible de voir cette foule inquiète, dont aucun spectateur éclairé et désintéressé n’aurait songé au fond à accuser la bonne foi, se laisser émouvoir à ce point par un chef tel que celui-là.

« Très-bien ! Écoutez, écoutez ! Hourra ! »

L’attention et l’intention bien marquées qu’on lisait sur tous ces visages animés en faisaient un spectacle des plus saisissants. Il n’y avait là ni insouciance, ni langueur, ni curiosité oiseuse ; aucune des diverses phases d’indifférence communes aux autres assemblées ne se montra un seul instant dans celle-ci. Chacun de ces hommes sentait que, d’une façon ou d’une autre, sa position était plus malheureuse qu’elle ne devrait l’être ; chacun de ces hommes regardait comme un devoir de s’allier à ses camarades afin d’améliorer le sort commun ; chacun de ces hommes sentait qu’il ne lui restait d’autre espoir que de faire corps avec les compagnons au milieu desquels il se trouvait ; toute cette foule avait une foi grave, profonde, sincère dans la conviction qu’elle avait embrassée à tort ou à raison (à tort cette fois, malheureusement). On pouvait voir tout cela d’un coup d’œil ; il n’y avait pas plus moyen de s’y tromper que de ne pas apercevoir les poutres nues du plafond ou le lait de chaux qui éclatait sur les murs de brique. Le spectateur impartial ne pouvait s’empêcher non plus de reconnaître, au fond du cœur, que ces hommes, même lorsqu’ils se trompaient, montraient de grandes qualités dont on eût pu tirer le plus heureux et le meilleur parti ; car de prétendre (sur la foi d’axiomes généraux, quelque moisis et respectables qu’ils fussent) qu’ils s’égaraient sans cause et seulement par un instinct déraisonnable de leur mutinerie obstinée, autant vaudrait dire qu’il peut y avoir de la fumée sans feu, des morts sans naissances, des récoltes sans semences, ou que tout peut être engendré de rien.

L’orateur s’étant rafraîchi, essuya son front plissé en y promenant plusieurs fois de gauche à droite son mouchoir roulé en tampon, et concentra ses forces ranimées dans un ricanement plein de dédain et d’amertume.

« Mais, ô mes amis et mes frères ! ô mes frères et mes compatriotes, travailleurs opprimés de Cokeville ! Que dirons-nous de cet homme, de cet ouvrier ?… Hélas ! pourquoi me faut-il souiller ce glorieux titre en le donnant à un pareil homme !… Que dirons-nous de celui qui, connaissant par lui-même les maux et les injustices qu’on vous fait souffrir, à vous, la sève et la moelle de ce pays qui vous méprise, de celui qui vous ayant entendu déclarer (avec une noble et majestueuse unanimité qui fera trembler les tyrans) que vous êtes prêts à devenir souscripteurs de l’Association du Tribunal Réuni et à obéir indistinctement à tout ordre émané de cette association pour votre bien, que direz-vous, mes frères, de cet ouvrier, puisque je dois le reconnaître pour tel, qui, dans un pareil moment, abandonne son poste pour aller vendre son drapeau ; qui, dans un pareil moment, n’a pas honte de proclamer le lâche et humiliant aveu qu’il se tiendra à l’écart et refuse de s’unir à ceux qui s’associent bravement pour défendre la liberté et le bon droit ? »

Les avis ne furent pas unanimes à cet endroit du discours. Il y eut bien quelques grognements et quelques sifflets ; mais le sentiment de l’honneur était trop fort et trop général pour permettre qu’on condamnât un homme sans l’entendre.

« Prenez garde de vous tromper, Slackbridge !

– Qu’il se montre !

– Écoutons ce qu’il a à dire ! »

Telles furent les paroles qui s’élevèrent de plusieurs points de la salle. Enfin une voix mâle s’écria :

« Cet homme est-il ici ? S’il est ici, Slackbridge, nous l’entendrons lui-même, au lieu de vous écouter. »

Cette proposition fut accueillie avec une salve d’applaudissements.

Slackbridge, l’orateur, regarda autour de lui avec un sourire amer ; étendant le bras droit (selon la coutume de tous les Slackbridge) pour apaiser l’océan agité, il attendit qu’un profond silence se fût rétabli.

« Ô mes frères en humanité ! dit alors Slackbridge secouant la tête avec un air de profond mépris, je ne m’étonne pas que vous, les fils prosternés du travail, vous mettiez en doute l’existence d’un pareil homme. Mais celui qui a vendu son droit d’aînesse pour un plat de lentilles a existé, Judas Iscariot a existé, lord Castlereagh a existé, et cet homme existe ! »

Ici, il y eut un peu de confusion et de presse auprès de la plate-forme, et bientôt l’homme en question se dressa sur l’estrade, à côté de l’orateur. Il était pâle, et ses traits semblaient agités, ses lèvres surtout ; mais il se tint immobile la main gauche au menton, attendant qu’on voulût bien l’entendre. Il y avait, pour diriger la séance, un président, qui prit alors la chose en main.

« Mes amis, dit ce fonctionnaire, en vertu de mon office, je prie notre ami Slackbridge, qui est peut-être allé un peu loin dans cette affaire, de s’asseoir pendant que l’on écoutera Étienne Blackpool. Vous connaissez Étienne Blackpool. Vous savez ses malheurs et sa bonne renommée. »

À ces mots, le président donna à Étienne une cordiale poignée de main et se rassit. Slackbridge prit aussi un siège, s’essuyant le front toujours de gauche à droite, jamais dans le sens contraire.

« Mes amis, commença Étienne au milieu d’un profond silence, j’ai entendu ce qu on vient de vous dire de moi, et il est probable que je vais encore gâter mes affaires en montant ici. C’est égal, j’aime mieux que vous sachiez de moi-même ce qui en est, quoique je n’aie jamais pu parler devant tant de monde sans être troublé et intimidé. »

Slackbridge secoua la tête, comme si, dans son amertume, il eût voulu la faire tomber de ses épaules.

« Je suis le seul ouvrier de la fabrique Bounderby qui n’accepte pas les règlements proposés. Je ne puis pas les accepter, mes amis, je doute qu’ils vous fassent aucun bien : je crois plutôt qu’ils vous feront du tort. »

Slackbridge ricana, se croisa les bras et fronça les sourcils d’un air sarcastique.

« Mais ce n’est pas pour cela que je suis monté ici. S’il n’y avait que cela, je m’associerais aux autres. J’ai d’autres raisons, mes raisons à moi, voyez-vous, qui m’en empêchent, non pas pour aujourd’hui seulement, mais pour toujours… toujours… tant que je vivrai ! »

Slackbridge se leva d’un bond et vint se placer à côté de l’ouvrier, grinçant des dents et gesticulant.

« Ô mes amis ! n’est-ce pas bien là ce que je vous disais ? Ô mes compatriotes, n’est-de pas exactement l’avertissement que je vous donnais pour vous mettre en garde contre un faux frère ? Et que pensez-vous d’une si lâche conduite de la part d’un homme sur lequel nous savons tous que l’inégalité des droits a pesé si lourdement ? Ô mes compatriotes, je vous demande ce que vous pensez d’une pareille trahison de la part d’un de vos frères, qui signe ainsi sa propre ruine, la vôtre, celle de vos enfants et des enfants de vos enfants ? »

Il y eut quelques applaudissements et quelques cris de : « À bas le traître ! » mais la majorité de l’assemblée demeura calme. Ils regardèrent les traits fatigués d’Étienne, rendus plus pathétiques encore par les émotions domestiques qu’ils trahissaient ; et dans la bonté naturelle de leur âme, ils éprouvèrent plus de chagrin que d’indignation.

« C’est le métier du délégué de parler, dit Étienne, on le paye pour ça ; et il sait ce qu’il a à faire. Qu’il fasse donc. Qu’il ne s’inquiète pas de ce que j’ai pu souffrir. Ça ne le regarde pas. Ça ne regarde personne que moi. »

Il y avait tant de convenance, pour ne pas dire tant de dignité dans ces paroles, que les auditeurs se montrèrent plus tranquilles et plus attentifs. La même voix mâle qui s’était déjà fait entendre cria :

« Slackbridge, laissez-le parler et taisez-vous ! »

Alors il se fit dans la salle un silence surprenant.

« Mes frères, dit Étienne dont la voix peu élevée se faisait parfaitement entendre, et mes camarades, car je suis bien votre camarade au travail et à la peine, et je crois que le délégué que voilà ne peut pas en dire autant ; je n’ai qu’un mot à ajouter, et je ne pourrais pas en dire davantage quand je parlerais jusqu’à demain matin. Je sais bien ce qui m’attend. Je sais bien que vous êtes décidés à ne plus avoir aucun rapport avec tout ouvrier qui refuse de marcher avec vous dans cette affaire. Je sais bien que, si j’étais en train de mourir sur la grand’route, vous regarderiez comme un devoir de passer à côté de moi comme s’il s’agissait d’un étranger et d’un inconnu ; mais ce que j’ai promis, je le tiendrai.

– Étienne Blackpool, dit le président qui se leva, pensez-y encore. Pensez-y encore, mon garçon, avant de vous voir repousser par vos vieux amis. »

Il y eut un murmure général qui exprima le même vœu, quoique personne n’eût prononcé une parole. Tous les yeux étaient fixés sur Étienne. Il n’avait qu’à changer d’avis pour soulager tous les cœurs. En jetant les yeux alentour, il le vit bien. Il n’entrait pas dans son cœur la moindre colère contre eux ; il les connaissait trop pour s’arrêter aux faiblesses et aux erreurs visibles à la surface, il les connaissait comme un camarade pouvait seul les connaître.

« J’y ai pensé plus d’une fois, monsieur. Je ne puis être des vôtres, voilà tout. Il faut que je suive la route qui est devant moi ; il faut que je vous dise adieu à tous. »

Il leur fit une espèce de salut en levant les deux bras, et se tint un moment dans cette attitude, ne reprenant la parole que lorsqu’il les eut laissés retomber.

« J’ai échangé plus d’une bonne parole avec quelques-uns de ceux qui se trouvent ici ; je vois plus d’un visage que j’ai connu lorsque j’étais plus jeune et moins triste qu’aujourd’hui. Depuis que je suis au monde, je n’ai jamais eu de querelle avec aucun de mes camarades, et Dieu sait que ce n’est pas moi qui ai cherché la querelle de ce soir. Vous m’appellerez traître et tout le reste… C’est de vous que je parle, ajouta-t-il en s’adressant à Slackbridge, mais c’est plus facile à dire qu’à prouver. Eh bien ! soit. »

Il avait fait deux ou trois pas comme pour descendre de l’estrade, lorsqu’il se rappela quelque chose qu’il avait oublié de dire et revint à sa place.

« Peut-être, dit-il, tournant lentement son visage ridé comme pour adresser la parole à chacun des auditeurs individuellement, aux plus proches aussi bien qu’aux plus éloignés ; peut-être, quand cette question sera reprise et discutée, menacera-t-on de se mettre en grève si les maîtres me laissent travailler parmi vous. J’espère que je mourrai avant de voir arriver chose pareille, mais dans ce cas, je me résignerai à travailler isolé parmi vous, et, en vérité, j’y serai bien forcé, mes amis, non pour vous braver, mais pour vivre. Je n’ai que mes bras pour gagner mon pain ; et où puis-je trouver de l’ouvrage, si ce n’est à Cokeville, moi qui y travaillais déjà, que je n’étais pas plus haut que ça ? Je ne me plaindrai pas d’être repoussé et délaissé à dater de ce soir, mais j’espère qu’on me laissera travailler. Si j’ai un droit, mes amis, je crois que c’est celui-là. »

Pas une parole ne fut prononcée ; pas le moindre bruit ne se fit entendre dans la salle, si ce n’est le léger frôlement de ceux qui s’écartaient un peu, au centre de la chambre, pour livrer passage à l’homme qu’aucun d’eux ne devait plus considérer comme son camarade. Ne regardant personne, allant droit son chemin avec un air d’humble fermeté qui ne demandait rien, ne réclamait rien, le vieil Étienne quitta la salle, emportant avec lui le poids de ses nouveaux malheurs.

Alors Slackbridge, qui avait tenu son bras oratoire étendu pendant la sortie d’Étienne, comme s’il eût mis une sollicitude extrême et déployé une grande puissance morale à réprimer les passions véhémentes de la foule, s’appliqua à relever les esprits abattus de l’assemblée. « Le Brutus romain n’avait-il pas, ô mes amis, condamné à mort son propre fils ; et les mères Spartiates n’avaient-elles pas, ô mes amis, bientôt mes compagnons de victoire, forcé leurs enfants qui s’enfuyaient à affronter la pointe des épées ennemies ? N’était-ce donc pas un devoir sacré pour les hommes de Cokeville, ayant derrière eux des ancêtres, en face d’eux un monde qui les admirait, et une postérité qui devait leur succéder, de chasser les traîtres loin des tentes qu’ils avaient dressées dans une cause sacrée et divine ? Des quatre points cardinaux le ciel répondait : « Oui ! » à l’ouest, à l’est, au nord et au sud. Ainsi donc, trois hourras pour l’Association du Tribunal Réuni ! »

Slackbridge, usurpant en sus les fonctions de chef d’orchestre, marqua la mesure. Cette foule de visages incertains (qui n’étaient pas sans remords) reprirent, à ce signal, quelque sérénité et on répéta l’acclamation. Tout sentiment personnel doit céder à la cause commune. Hourra ! Le toit résonnait encore des cris de triomphe quand la réunion se dispersa.

Il n’en fallut pas davantage pour qu’Étienne Blackpool tombât dans la vie la plus solitaire qu’on puisse voir, une vie d’isolement parmi une foule intime. Celui qui, sur une terre étrangère, cherche dans dix mille visages un regard sympathique sans jamais le rencontrer, se trouve dans une agréable société comparé au malheureux qui voit chaque jour passer, en se détournant, dix visages qui naguère étaient des visages d’amis. Telle devait être, à chaque instant de sa vie, la nouvelle épreuve d’Étienne ; à son ouvrage, en y allant ou en le quittant, à sa porte, à sa croisée, partout. Ses camarades s’étaient même entendus pour éviter le côté de la rue qu’il prenait habituellement ; il était le seul, parmi les ouvriers, qui marchât du côté qu’il avait choisi.

Depuis bien des années, Étienne était un homme tranquille, recherchant peu la société des autres hommes, et habitué à se faire de ses pensées toute sa compagnie. Il avait ignoré jusqu’alors combien son cœur avait besoin de la fréquente sympathie d’un signe de tête, d’un regard, d’un mot, ou de l’immense soulagement que ces petits riens sociaux avaient versé dans son âme goutte à goutte. Il n’aurait jamais cru qu’il fût si difficile de séparer dans sa conscience l’abandon complet où le laissaient ses camarades d’un sentiment injuste de déshonneur et de honte.

Les quatre premiers jours de son épreuve lui parurent si longs et si pénibles, qu’il commença à s’effrayer de la perspective qui se déroulait devant lui. Non-seulement il ne rencontra pas Rachel, mais il évita toute chance de la rencontrer ; car, bien qu’il sût que la défense qui le concernait ne s’étendait pas encore officiellement aux femmes qui travaillaient dans les manufactures, il s’aperçut que plusieurs d’entre elles avaient changé de ton avec lui, et il trembla que Rachel ne fût mise au ban du silence, comme lui, si on les voyait ensemble. Il avait donc vécu complètement seul pendant ces quatre jours et n’avait parlé à personne, lorsque, au moment où il quittait son travail, un jeune homme qui n’était pas haut en couleur l’accosta dans la rue.

« Vous vous appelez Blackpool, n’est-ce pas ? » demanda le jeune homme.

Étienne rougit de voir qu’il venait de mettre le chapeau à la main, dans sa reconnaissance envers celui qui daignait lui parler, ou dans la surprise qu’il avait ressentie, ou dans un mélange de ces deux sentiments. Il fit semblant de l’avoir ôté pour arranger la doublure et répondit :

« Oui.

– Vous êtes l’ouvrier qu’on a mis au ban, » continua Bitzer, le jeune homme peu coloré dont nous parlions.

Étienne répondit encore :

« Oui.

– J’avais deviné ça en voyant tous les autres chercher à vous éviter. M. Bounderby veut vous parler. Vous savez où il demeure ? »

Étienne répondit encore :

« Oui.

– Alors allez-y de suite, voulez-vous ? dit Bitzer. On vous attend, et vous n’aurez qu’à dire au domestique que c’est vous. Je suis employé à la banque ; et si vous allez tout seul là-bas, comme je n’étais venu que pour vous chercher, vous m’épargnerez une course. »

Étienne, qui s’en allait dans la direction opposée, se retourna et se dirigea, comme c’était son devoir, vers le château de briques rouges du grand Bounderby.