Voyage au centre de la Terre.  Jules Verne

Chapitre 30. (Chapter 30. A NEW MARE INTERNUM)
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D’abord je ne vis rien. Mes yeux, déshabitués de la lumière, se fermèrent brusquement. Lorsque je pus les rouvrir, je demeurai encore plus stupéfait qu’émerveillé.

« La mer ! m’écriai-je.

– Oui, répondit mon oncle, la mer Lidenbrock, et, j’aime à le croire, aucun navigateur ne me disputera l’honneur de l’avoir découverte et le droit de la nommer de mon nom ! »

Une vaste nappe d’eau, le commencement d’un lac ou d’un océan, s’étendait au delà des limites de la vue. Le rivage, largement échancré, offrait aux dernières ondulations des vagues un sable fin, doré et parsemé de ces petits coquillages où vécurent les premiers êtres de la création. Les flots s’y brisaient avec ce murmure sonore particulier aux milieux clos et immenses ; une légère écume s’envolait au souffle d’un vent modéré, et quelques embruns m’arrivaient au visage. Sur cette grève légèrement inclinée, à cent toises environ de la lisière des vagues, venaient mourir les contreforts de rochers énormes qui montaient en s’évasant à une incommensurable hauteur. Quelques-uns, déchirant le rivage de leur arête aiguë, formaient des caps et des promontoires rongés par la dent du ressac. Plus loin, l’œil suivait leur masse nettement profilée sur les fonds brumeux de l’horizon.

C’était un océan véritable, avec le contour capricieux des rivages terrestres, mais désert et d’un aspect effroyablement sauvage.

Si mes regards pouvaient se promener au loin sur cette mer, c’est qu’une lumière « spéciale » en éclairait les moindres détails. Non pas la lumière du soleil avec ses faisceaux éclatants et l’irradiation splendide de ses rayons, ni la lueur pâle et vague de l’astre des nuits, qui n’est qu’une réflexion sans chaleur. Non. Le pouvoir éclairant de cette lumière, sa diffusion tremblante, sa blancheur claire et sèche, le peu d’élévation de sa température, son éclat supérieur en réalité à celui de la lune, accusaient évidemment une origine purement électrique. C’était comme une aurore boréale, un phénomène cosmique continu, qui remplissait cette caverne capable de contenir un océan.

La voûte suspendue au-dessus de ma tête, le ciel, si l’on veut, semblait fait de grands nuages, vapeurs mobiles et changeantes, qui, par l’effet de la condensation, devaient, à de certains jours, se résoudre en pluies torrentielles. J’aurais cru que, sous une pression aussi forte de l’atmosphère, l’évaporation de l’eau ne pouvait se produire, et cependant, par une raison physique qui m’échappait, il y avait de larges nuées étendues dans l’air. Mais alors « il faisait beau ». Les nappes électriques produisaient d’étonnants jeux de lumière sur les nuages très élevés ; des ombres vives se dessinaient à leurs volutes inférieures, et souvent, entre deux couches disjointes, un rayon se glissait jusqu’à nous avec une remarquable intensité. Mais, en somme, ce n’était pas le soleil, puisque la chaleur manquait à sa lumière. L’effet en était triste et souverainement mélancolique. Au lieu d’un firmament brillant d’étoiles, je sentais par-dessus ces nuages une voûte de granit qui m’écrasait de tout son poids, et cet espace n’eût pas suffi, tout immense qu’il fût, à la promenade du moins ambitieux des satellites.

Je me souvins alors de cette théorie d’un capitaine anglais qui assimilait la terre à une vaste sphère creuse, à l’intérieur de laquelle l’air se maintenait lumineux par suite de sa pression, tandis que deux astres, Pluton et Proserpine, y traçaient leurs mystérieuses orbites. Aurait-il dit vrai ?

Nous étions réellement emprisonnés dans une énorme excavation. Sa largeur, on ne pouvait la juger, puisque le rivage allait s’élargissant à perte de vue, ni sa longueur, car le regard était bientôt arrêté par une ligne d’horizon un peu indécise. Quant à sa hauteur, elle devait dépasser plusieurs lieues. Où cette voûte s’appuyait-elle sur ses contreforts de granit ? L’œil ne pouvait l’apercevoir ; mais il y avait tel nuage suspendu dans l’atmosphère, dont l’élévation devait être estimée à deux mille toises, altitude supérieure à celle des vapeurs terrestres, et due sans doute à la densité considérable de l’air.

Le mot « caverne » ne rend évidemment pas ma pensée pour peindre cet immense milieu. Mais les mots de la langue humaine ne peuvent suffire à qui se hasarde dans les abîmes du globe. Je ne savais pas, d’ailleurs, par quel fait géologique expliquer l’existence d’une pareille excavation. Le refroidissement du globe avait-il donc pu la produire ? Je connaissais bien, par les récits des voyageurs, certaines cavernes célèbres, mais aucune ne présentait de telles dimensions.

Si la grotte de Guachara, en Colombie, visitée par M. de Humboldt, n’avait pas livré le secret de sa profondeur au savant qui la reconnut sur un espace de deux mille cinq cents pieds, elle ne s’étendait vraisemblablement pas beaucoup au delà. L’immense caverne du Mammouth, dans le Kentucky, offrait bien des proportions gigantesques, puisque sa voûte s’élevait à cinq cents pieds au-dessus d’un lac insondable, et que des voyageurs la parcoururent pendant plus de dix lieues sans en rencontrer la fin. Mais qu’étaient ces cavités auprès de celle que j’admirais alors, avec son ciel de vapeurs, ses irradiations électriques et une vaste mer renfermée dans ses flancs ? Mon imagination se sentait impuissante devant cette immensité.

Toutes ces merveilles, je les contemplais en silence. Les paroles me manquaient pour rendre mes sensations. Je croyais assister, dans quelque planète lointaine, Uranus ou Neptune, à des phénomènes dont ma nature « terrestrielle » n’avait pas conscience. À des sensations nouvelles il fallait des mots nouveaux, et mon imagination ne me les fournissait pas. Je regardais, je pensais, j’admirais avec une stupéfaction mêlée d’une certaine quantité d’effroi.

L’imprévu de ce spectacle avait rappelé sur mon visage les couleurs de la santé ; j’étais en train de me traiter par l’étonnement et d’opérer ma guérison au moyen de cette nouvelle thérapeutique ; d’ailleurs la vivacité d’un air très dense me ranimait, en fournissant plus d’oxygène à mes poumons.

On concevra sans peine qu’après un emprisonnement de quarante-sept jours dans une étroite galerie, c’était une jouissance infinie que d’aspirer cette brise chargée d’humides émanations salines.

Aussi n’eus-je point à me repentir d’avoir quitté ma grotte obscure. Mon oncle, déjà fait à ces merveilles, ne s’étonnait plus.

« Te sens-tu la force de te promener un peu ? me demanda-t-il.

– Oui, certes, répondis-je, et rien ne me sera plus agréable.

– Eh bien, prends mon bras, Axel, et suivons les sinuosités du rivage. »

J’acceptai avec empressement, et nous commençâmes à côtoyer cet océan nouveau. Sur la gauche, des rochers abrupts, grimpés les uns sur les autres, formaient un entassement titanesque d’un prodigieux effet. Sur leurs flancs se déroulaient d’innombrables cascades, qui s’en allaient en nappes limpides et retentissantes. Quelques légères vapeurs, sautant d’un roc à l’autre, marquaient la place des sources chaudes, et des ruisseaux coulaient doucement vers le bassin commun, en cherchant dans les pentes l’occasion de murmurer plus agréablement.

Parmi ces ruisseaux, je reconnus notre fidèle compagnon de route, le Hans-bach, qui venait se perdre tranquillement dans la mer, comme s’il n’eût jamais fait autre chose depuis le commencement du monde.

« Il nous manquera désormais, dis-je avec un soupir.

– Bah ! répondit le professeur, lui ou un autre, qu’importe ? »

Je trouvai la réponse un peu ingrate.

Mais en ce moment mon attention fut attirée par un spectacle inattendu. À cinq cents pas, au détour d’un haut promontoire, une forêt haute, touffue, épaisse, apparut à nos yeux. Elle était faite d’arbres de moyenne grandeur, taillés en parasols réguliers, à contours nets et géométriques ; les courants de l’atmosphère ne semblaient pas avoir prise sur leur feuillage, et, au milieu des souffles, ils demeuraient immobiles comme un massif de cèdres pétrifiés.

Je hâtais le pas. Je ne pouvais mettre un nom à ces essences singulières. Ne faisaient-elles point partie des deux cent mille espèces végétales connues jusqu’alors, et fallait-il leur accorder une place spéciale dans la flore des végétations lacustres ? Non. Quand nous arrivâmes sous leur ombrage, ma surprise ne fut plus que de l’admiration.

En effet, je me trouvais en présence de produits de la terre, mais taillés sur un patron gigantesque. Mon oncle les appela immédiatement de leur nom.

« Ce n’est qu’une forêt de champignons », dit-il.

Et il ne se trompait pas. Que l’on juge du développement acquis par ces plantes chères aux milieux chauds et humides. Je savais que le « lycoperdon giganteum » atteint, suivant Bulliard, huit à neuf pieds de circonférence ; mais il s’agissait ici de champignons blancs, hauts de trente à quarante pieds, avec une calotte d’un diamètre égal. Ils étaient là par milliers ; la lumière ne parvenait pas à percer leur épais ombrage, et une obscurité complète régnait sous ces dômes juxtaposés comme les toits ronds d’une cité africaine.

Cependant je voulus pénétrer plus avant. Un froid mortel descendait de ces voûtes charnues. Pendant une demi-heure, nous errâmes dans ces humides ténèbres, et ce fut avec un véritable sentiment de bien-être que je retrouvai les bords de la mer.

Mais la végétation de cette contrée souterraine ne s’en tenait pas à ces champignons. Plus loin s’élevaient par groupes un grand nombre d’autres arbres au feuillage décoloré. Ils étaient faciles à reconnaître ; c’étaient les humbles arbustes de la terre, avec des dimensions phénoménales, des lycopodes hauts de cent pieds, des sigillaires géantes, des fougères arborescentes, grandes comme les sapins des hautes latitudes, des lépidodendrons à tiges cylindriques bifurquées, terminées par de longues feuilles et hérissées de poils rudes comme de monstrueuses plantes grasses.

« Étonnant, magnifique, splendide ! s’écria mon oncle. Voilà toute la flore de la seconde époque du monde, de l’époque de transition. Voilà ces humbles plantes de nos jardins qui se faisaient arbres aux premiers siècles du globe ! Regarde, Axel, admire ! Jamais botaniste ne s’est trouvé à pareille fête !

– Vous avez raison, mon oncle. La Providence semble avoir voulu conserver dans cette serre immense ces plantes antédiluviennes que la sagacité des savants a reconstruites avec tant de bonheur.

– Tu dis bien, mon garçon, c’est une serre ; mais tu dirais mieux encore en ajoutant que c’est peut-être une ménagerie.

– Une ménagerie !

– Oui, sans doute. Vois cette poussière que nous foulons aux pieds, ces ossements épars sur le sol.

– Des ossements ! m’écriai-je. Oui, des ossements d’animaux antédiluviens ! »

Je m’étais précipité sur ces débris séculaires faits d’une substance minérale indestructible . Je mettais sans hésiter un nom à ces os gigantesques qui ressemblaient à des troncs d’arbres desséchés.

« Voilà la mâchoire inférieure du mastodonte, disais-je ; voilà les molaires du dinotherium ; voilà un fémur qui ne peut avoir appartenu qu’au plus grand de ces animaux, au mégatherium. Oui, c’est bien une ménagerie, car ces ossements n’ont certainement pas été transportés jusqu’ici par un cataclysme. Les animaux auxquels ils appartiennent ont vécu sur les rivages de cette mer souterraine, à l’ombre de ces plantes arborescentes. Tenez, j’aperçois des squelettes entiers. Et cependant…

– Cependant ? dit mon oncle.

– Je ne comprends pas la présence de pareils quadrupèdes dans cette caverne de granit.

– Pourquoi ?

– Parce que la vie animale n’a existé sur la terre qu’aux périodes secondaires, lorsque le terrain sédimentaire a été formé par les alluvions, et a remplacé les roches incandescentes de l’époque primitive.

– Eh bien ! Axel, il y a une réponse bien simple à faire à ton objection, c’est que ce terrain-ci est un terrain sédimentaire.

– Comment ! à une pareille profondeur au-dessous de la surface de la terre ?

– Sans doute, et ce fait peut s’expliquer géologiquement. À une certaine époque, la terre n’était formée que d’une écorce élastique, soumise à des mouvements alternatifs de haut et de bas, en vertu des lois de l’attraction. Il est probable que des affaissements du sol se sont produits, et qu’une partie des terrains sédimentaires a été entraînée au fond des gouffres subitement ouverts.

– Cela doit être. Mais, si des animaux antédiluviens ont vécu dans ces régions souterraines, qui nous dit que l’un de ces monstres n’erre pas encore au milieu de ces forêts sombres ou derrière ces rocs escarpés ? »

À cette idée j’interrogeai, non sans effroi, les divers points de l’horizon ; mais aucun être vivant n’apparaissait sur ces rivages déserts.

J’étais un peu fatigué. J’allai m’asseoir alors à l’extrémité d’un promontoire au pied duquel les flots venaient se briser avec fracas. De là mon regard embrassait toute cette baie formée par une échancrure de la côte. Au fond, un petit port s’y trouvait ménagé entre les roches pyramidales. Ses eaux calmes dormaient à l’abri du vent. Un brick et deux ou trois goélettes auraient pu y mouiller à l’aise. Je m’attendais presque à voir quelque navire sortant toutes voiles dehors et prenant le large sous la brise du sud.

Mais cette illusion se dissipa rapidement. Nous étions bien les seules créatures vivantes de ce monde souterrain. Par certaines accalmies du vent, un silence plus profond que les silences du désert, descendait sur les rocs arides et pesait à la surface de l’océan. Je cherchais alors à percer les brumes lointaines, à déchirer ce rideau jeté sur le fond mystérieux de l’horizon. Quelles demandes se pressaient sur mes lèvres ? Où finissait cette mer ? Où conduisait-elle ? Pourrions-nous jamais en reconnaître les rivages opposés ?

Mon oncle n’en doutait pas, pour son compte. Moi, je le désirais et je le craignais à la fois.

Après une heure passée dans la contemplation de ce merveilleux spectacle, nous reprîmes le chemin de la grève pour regagner la grotte, et ce fut sous l’empire des plus étranges pensées que je m’endormis d’un profond sommeil.

At first I could hardly see anything. My eyes, unaccustomed to the light, quickly closed. When I was able to reopen them, I stood more stupefied even than surprised.

"The sea!" I cried.

"Yes," my uncle replied, "the Liedenbrock Sea; and I don't suppose any other discoverer will ever dispute my claim to name it after myself as its first discoverer."

A vast sheet of water, the commencement of a lake or an ocean, spread far away beyond the range of the eye, reminding me forcibly of that open sea which drew from Xenophon's ten thousand Greeks, after their long retreat, the simultaneous cry, "Thalatta! thalatta!" the sea! the sea! The deeply indented shore was lined with a breadth of fine shining sand, softly lapped by the waves, and strewn with the small shells which had been inhabited by the first of created beings. The waves broke on this shore with the hollow echoing murmur peculiar to vast inclosed spaces. A light foam flew over the waves before the breath of a moderate breeze, and some of the spray fell upon my face. On this slightly inclining shore, about a hundred fathoms from the limit of the waves, came down the foot of a huge wall of vast cliffs, which rose majestically to an enormous height. Some of these, dividing the beach with their sharp spurs, formed capes and promontories, worn away by the ceaseless action of the surf. Farther on the eye discerned their massive outline sharply defined against the hazy distant horizon.

It was quite an ocean, with the irregular shores of earth, but desert and frightfully wild in appearance.

If my eyes were able to range afar over this great sea, it was because a peculiar light brought to view every detail of it. It was not the light of the sun, with his dazzling shafts of brightness and the splendour of his rays; nor was it the pale and uncertain shimmer of the moonbeams, the dim reflection of a nobler body of light. No; the illuminating power of this light, its trembling diffusiveness, its bright, clear whiteness, and its low temperature, showed that it must be of electric origin. It was like an aurora borealis, a continuous cosmical phenomenon, filling a cavern of sufficient extent to contain an ocean.

The vault that spanned the space above, the sky, if it could be called so, seemed composed of vast plains of cloud, shifting and variable vapours, which by their condensation must at certain times fall in torrents of rain. I should have thought that under so powerful a pressure of the atmosphere there could be no evaporation; and yet, under a law unknown to me, there were broad tracts of vapour suspended in the air. But then 'the weather was fine.' The play of the electric light produced singular effects upon the upper strata of cloud. Deep shadows reposed upon their lower wreaths; and often, between two separated fields of cloud, there glided down a ray of unspeakable lustre. But it was not solar light, and there was no heat. The general effect was sad, supremely melancholy. Instead of the shining firmament, spangled with its innumerable stars, shining singly or in clusters, I felt that all these subdued and shaded fights were ribbed in by vast walls of granite, which seemed to overpower me with their weight, and that all this space, great as it was, would not be enough for the march of the humblest of satellites.

Then I remembered the theory of an English captain, who likened the earth to a vast hollow sphere, in the interior of which the air became luminous because of the vast pressure that weighed upon it; while two stars, Pluto and Proserpine, rolled within upon the circuit of their mysterious orbits.

We were in reality shut up inside an immeasurable excavation. Its width could not be estimated, since the shore ran widening as far as eye could reach, nor could its length, for the dim horizon bounded the new. As for its height, it must have been several leagues. Where this vault rested upon its granite base no eye could tell; but there was a cloud hanging far above, the height of which we estimated at 12,000 feet, a greater height than that of any terrestrial vapour, and no doubt due to the great density of the air.

The word cavern does not convey any idea of this immense space; words of human tongue are inadequate to describe the discoveries of him who ventures into the deep abysses of earth.

Besides I could not tell upon what geological theory to account for the existence of such an excavation. Had the cooling of the globe produced it? I knew of celebrated caverns from the descriptions of travellers, but had never heard of any of such dimensions as this.

If the grotto of Guachara, in Colombia, visited by Humboldt, had not given up the whole of the secret of its depth to the philosopher, who investigated it to the depth of 2,500 feet, it probably did not extend much farther. The immense mammoth cave in Kentucky is of gigantic proportions, since its vaulted roof rises five hundred feet [1] above the level of an unfathomable lake and travellers have explored its ramifications to the extent of forty miles. But what were these cavities compared to that in which I stood with wonder and admiration, with its sky of luminous vapours, its bursts of electric light, and a vast sea filling its bed? My imagination fell powerless before such immensity.

I gazed upon these wonders in silence. Words failed me to express my feelings. I felt as if I was in some distant planet Uranus or Neptune - and in the presence of phenomena of which my terrestrial experience gave me no cognisance. For such novel sensations, new words were wanted; and my imagination failed to supply them. I gazed, I thought, I admired, with a stupefaction mingled with a certain amount of fear.

The unforeseen nature of this spectacle brought back the colour to my cheeks. I was under a new course of treatment with the aid of astonishment, and my convalescence was promoted by this novel system of therapeutics; besides, the dense and breezy air invigorated me, supplying more oxygen to my lungs.

It will be easily conceived that after an imprisonment of forty seven days in a narrow gallery it was the height of physical enjoyment to breathe a moist air impregnated with saline particles.

[1] One hundred and twenty. (Trans.)

I was delighted to leave my dark grotto. My uncle, already familiar with these wonders, had ceased to feel surprise.

"You feel strong enough to walk a little way now?" he asked.

"Yes, certainly; and nothing could be more delightful."

"Well, take my arm, Axel, and let us follow the windings of the shore."

I eagerly accepted, and we began to coast along this new sea. On the left huge pyramids of rock, piled one upon another, produced a prodigious titanic effect. Down their sides flowed numberless waterfalls, which went on their way in brawling but pellucid streams. A few light vapours, leaping from rock to rock, denoted the place of hot springs; and streams flowed softly down to the common basin, gliding down the gentle slopes with a softer murmur.

Amongst these streams I recognised our faithful travelling companion, the Hansbach, coming to lose its little volume quietly in the mighty sea, just as if it had done nothing else since the beginning of the world.

"We shall see it no more," I said, with a sigh.

"What matters," replied the philosopher, "whether this or another serves to guide us?"

I thought him rather ungrateful.

But at that moment my attention was drawn to an unexpected sight. At a distance of five hundred paces, at the turn of a high promontory, appeared a high, tufted, dense forest. It was composed of trees of moderate height, formed like umbrellas, with exact geometrical outlines. The currents of wind seemed to have had no effect upon their shape, and in the midst of the windy blasts they stood unmoved and firm, just like a clump of petrified cedars.

I hastened forward. I could not give any name to these singular creations. Were they some of the two hundred thousand species of vegetables known hitherto, and did they claim a place of their own in the lacustrine flora? No; when we arrived under their shade my surprise turned into admiration. There stood before me productions of earth, but of gigantic stature, which my uncle immediately named.

"It is only a forest of mushrooms," said he.

And he was right. Imagine the large development attained by these plants, which prefer a warm, moist climate. I knew that the _Lycopodon giganteum_ attains, according to Bulliard, a circumference of eight or nine feet; but here were pale mushrooms, thirty to forty feet high, and crowned with a cap of equal diameter. There they stood in thousands. No light could penetrate between their huge cones, and complete darkness reigned beneath those giants; they formed settlements of domes placed in close array like the round, thatched roofs of a central African city.

Yet I wanted to penetrate farther underneath, though a chill fell upon me as soon as I came under those cellular vaults. For half an hour we wandered from side to side in the damp shades, and it was a comfortable and pleasant change to arrive once more upon the sea shore.

But the subterranean vegetation was not confined to these fungi. Farther on rose groups of tall trees of colourless foliage and easy to recognise. They were lowly shrubs of earth, here attaining gigantic size; lycopodiums, a hundred feet high; the huge sigillaria, found in our coal mines; tree ferns, as tall as our fir-trees in northern latitudes; lepidodendra, with cylindrical forked stems, terminated by long leaves, and bristling with rough hairs like those of the cactus.

"Wonderful, magnificent, splendid!" cried my uncle. "Here is the entire flora of the second period of the world - the transition period. These, humble garden plants with us, were tall trees in the early ages. Look, Axel, and admire it all. Never had botanist such a feast as this!"

"You are right, my uncle. Providence seems to have preserved in this immense conservatory the antediluvian plants which the wisdom of philosophers has so sagaciously put together again."

"It is a conservatory, Axel; but is it not also a menagerie?"

"Surely not a menagerie!"

"Yes; no doubt of it. Look at that dust under your feet; see the bones scattered on the ground."

"So there are!" I cried; "bones of extinct animals."

I had rushed upon these remains, formed of indestructible phosphates of lime, and without hesitation I named these monstrous bones, which lay scattered about like decayed trunks of trees.

"Here is the lower jaw of a mastodon," [1] I said. "These are the molar teeth of the deinotherium; this femur must have belonged to the greatest of those beasts, the megatherium. It certainly is a menagerie, for these remains were not brought here by a deluge. The animals to which they belonged roamed on the shores of this subterranean sea, under the shade of those arborescent trees. Here are entire skeletons. And yet I cannot understand the appearance of these quadrupeds in a granite cavern."

[1] These animals belonged to a late geological period, the Pliocene, just before the glacial epoch, and therefore could have no connection with the carboniferous vegetation. (Trans.)

"Why?"

"Because animal life existed upon the earth only in the secondary period, when a sediment of soil had been deposited by the rivers, and taken the place of the incandescent rocks of the primitive period."

"Well, Axel, there is a very simple answer to your objection that this soil is alluvial."

"What! at such a depth below the surface of the earth?"

"No doubt; and there is a geological explanation of the fact. At a certain period the earth consisted only of an elastic crust or bark, alternately acted on by forces from above or below, according to the laws of attraction and gravitation. Probably there were subsidences of the outer crust, when a portion of the sedimentary deposits was carried down sudden openings."

"That may be," I replied; "but if there have been creatures now extinct in these underground regions, why may not some of those monsters be now roaming through these gloomy forests, or hidden behind the steep crags?"

And as this unpleasant notion got hold of me, I surveyed with anxious scrutiny the open spaces before me; but no living creature appeared upon the barren strand.

I felt rather tired, and went to sit down at the end of a promontory, at the foot of which the waves came and beat themselves into spray. Thence my eye could sweep every part of the bay; within its extremity a little harbour was formed between the pyramidal cliffs, where the still waters slept untouched by the boisterous winds. A brig and two or three schooners might have moored within it in safety. I almost fancied I should presently see some ship issue from it, full sail, and take to the open sea under the southern breeze.

But this illusion lasted a very short time. We were the only living creatures in this subterranean world. When the wind lulled, a deeper silence than that of the deserts fell upon the arid, naked rocks, and weighed upon the surface of the ocean. I then desired to pierce the distant haze, and to rend asunder the mysterious curtain that hung across the horizon. Anxious queries arose to my lips. Where did that sea terminate? Where did it lead to? Should we ever know anything about its opposite shores?

My uncle made no doubt about it at all; I both desired and feared.

After spending an hour in the contemplation of this marvellous spectacle, we returned to the shore to regain the grotto, and I fell asleep in the midst of the strangest thoughts.

 
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